Lettre d’amour à la Ferme

Equipe de la Ferme du Bois

Lettre d’amour à la Ferme

Je commence ce journal par une lettre d’amour.

Pas une lettre d’amour parfaitement sage ou contemplative. Une lettre d’amour à une maison qui prend de la place. Une maison qui occupe mes pensées, mes décisions, mes projets et une bonne partie de mes nuits.

L’autre jour, ma mère m’a demandé :

— Est-ce que tu as encore les épaules pour porter la Ferme ?

Évidemment, je l’ai mal pris.

J’ai entendu une question sur ma capacité à continuer, alors que, de mon côté, je ne me pose même pas la question.

La Ferme, je la mange, je la respire, je la dors.

Je pense à ses chambres en faisant les courses, à son chiffre d’affaires sous la douche, à ses futurs jardins avant de m’endormir. Je peux passer d’une réflexion sur le prix d’un mariage à une obsession pour une poignée de porte, un arbre, un ventilateur de plafond, une nouvelle activité ou la couleur exacte d’un mur.

Je ne fais qu’apprendre, observer, analyser, essayer, échouer parfois, corriger, recommencer et tester autre chose.

Et c’est précisément cela qui me passionne.

Je ne prétends pas tout savoir. En revanche, je sais travailler, m’adapter, remettre en question une idée et en défendre une autre. Chaque saison m’apprend quelque chose de nouveau sur le lieu, sur les clients, sur l’entreprise et sur moi-même.

Je suis engagée à cent pour cent dans ce projet.

Si je ne vivais pas ici, j’aurais peut-être pu le considérer comme une simple activité professionnelle. J’aurais pu prendre de la distance, me lasser ou décider qu’une autre aventure serait plus simple.

Mais La Ferme du Bois n’est pas une entreprise que je referme derrière moi le soir.

C’est ma maison. Celle de mes enfants. Celle de mes parents. C’est notre quotidien, notre patrimoine et une partie de notre histoire familiale.

Cela change tout.

Toutes mes décisions s’inscrivent dans les vingt prochaines années.

Quand je plante un arbre, je ne pense pas seulement à l’été prochain. Je pense à l’ombre qu’il donnera un jour, aux enfants qui le verront grandir et aux personnes qui viendront célébrer quelque chose sous ses branches.

Quand nous rénovons une chambre, imaginons un jardin ou transformons un espace, nous ne cherchons pas seulement à rendre le lieu plus beau aujourd’hui. Nous construisons peu à peu un endroit plus cohérent, plus accueillant et plus vivant.

La Ferme est un projet de long terme.

Et je crois profondément que ses plus belles années sont encore devant elle.

Pourquoi avons-nous eu le coup de cœur ?

Il y avait les pierres, bien sûr. Les vieux murs, les volumes, les traces de toutes les vies passées avant nous. Cette authenticité impossible à recréer complètement, même avec beaucoup d’argent et un excellent architecte.

Mais il y avait surtout quelque chose de moins visible.

Une atmosphère. De bonnes ondes, diront certains. Une maison qui semble accueillir avant même que l’on ait ouvert la porte.

La cour résume sans doute le mieux ce que j’aime ici.

Le matin, je peux sortir sur le balcon et dire bonjour à mes parents de l’autre côté. Les enfants traversent d’une maison à l’autre. Les invités se croisent. Les conversations commencent. Les grandes tablées se forment presque naturellement.

La Ferme accueille.

Elle réunit.

Elle a toujours semblé faite pour cela.

Depuis que nous vivons ici, elle nous apprend aussi énormément.

Elle nous apprend la vie rurale, les saisons, la météo et le rythme de la nature. Elle nous oblige à regarder les arbres, les oiseaux, les plantes, les insectes et tout ce qui vit autour de nous.

Elle nous apprend les bâtiments anciens, les murs qui respirent, les toitures, les réseaux incompréhensibles, les artisans, les matériaux et les travaux qui en révèlent presque toujours d’autres.

Elle nous apprend l’histoire et la culture bourguignonne. Les paysages, les repas, les habitudes, les traditions, les façons de construire, de vivre et de recevoir.

Elle nous apprend surtout que rien de solide ne se construit en un jour.

Une entreprise comme celle-ci ne se résume pas à une seule saison, à un projet réussi ou à une idée qui ne fonctionne pas.

Elle se construit par couches successives.

Une nouvelle offre. Une meilleure organisation. Un espace amélioré. Un arbre planté. Un client qui revient. Un couple qui recommande le lieu. Une idée retravaillée jusqu’à ce qu’elle trouve enfin sa place.

C’est ainsi que La Ferme grandit.

Alors, est-ce que j’ai encore les épaules pour la porter ?

Oui.

Je ne les ai jamais vraiment perdues.

Pas parce que tout est facile. Pas parce que tout est déjà gagné. Mais parce que je sais pourquoi je le fais, parce que le projet avance et parce que je vois très clairement tout ce qu’il peut encore devenir.

J’ai souvent cette image du bateau.

Tant qu’il n’est pas au fond de l’eau, je ne le laisserai jamais couler.

Mais, pour être honnête, nous sommes aujourd’hui à l’exact opposé.

La Ferme décolle.

Pas aussi vite que je le voudrais, évidemment.

Je suis impatiente. J’aimerais que les projets aboutissent plus vite, que les résultats suivent immédiatement les idées, que tout prenne forme au rythme de ce que j’imagine.

Mais elle avance.

Elle grandit.

Elle trouve sa place, son identité et son public.

Et j’y crois sincèrement.

Pas avec une confiance aveugle ou naïve. Avec celle que donnent le travail accompli, les progrès déjà visibles, les erreurs corrigées et tout ce qu’il reste encore à construire.

La Ferme a déjà beaucoup changé.

Elle est pourtant loin d’avoir donné tout ce qu’elle peut offrir.

Je ne la porte pas par devoir.

Je la porte parce que je l’aime, parce que je crois en elle et parce que je sais que nous ne sommes encore qu’au début de son histoire.

Alors oui, maman.

J’ai les épaules.

Et les plus belles années de La Ferme du Bois sont devant nous.


Mathilde